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Jo ann m'a posé des questions, en voici les réponses. Elle en a fait un PORTRAIT sur son blog : http://ladybirdisms.blogspirit.com/archive/2010/04/30/maud-lethielleux.html

 

 

 

 

CChoisis entre 5 et 10 mots pour te décrire, et explique ton choix.

Mouvement : Petite, j'étais une acrobate, intenable. J'ai marché à 9 mois et à 6 mois, parait-il, je me jetais de mon lit à barreaux sur lequel mes parents avaient cloué des planches supplémentaires. Toute mon enfance j'ai cherché les limites que pouvait me donner mon corps. Une fois, j'avais 2 ans, j'avais disparu, tous me cherchaient et me pensaient noyée dans la mare d'à côté, on a fini par me retrouver des heures plus tard dans un champ éloigné, ma petite laitière à la main, je voulais traire les chèvres moi même. Puis à 10 ans j'ai découvert les arts-martiaux. J'ai appris l'écoute du corps, l'équilibre. Une vraie passion d'adolescence. Au lycée j'ai choisi l'option lourde théâtre et c'est le théâtre gestuel qui m'a le plus intéressée. J'ai ensuite fait de la danse et des portés acrobatiques (main à main, équilibre). Mes premiers spectacles étaient des spectacles de rue qui alliaient danse, portés acrobatique et théâtre gestuel. Aujourd'hui je mets en scène des spectacles visuels où le corps a la parole.

Quand j'écris, je suis attentive aux attitudes corporelles de mes personnages. C'est pour moi, ce qui les décrit le mieux, avec leur façon de parler, leur ton. Finalement, je vois mes personnages comme des comédiens !

 
Doutes. Je doute terriblement. Dans ma vie (éducation, choix amoureux, choix de vie...) mais aussi dans l'écriture. Il y a toujours en moi la lectrice qui n'aime pas, qui cherche la petite bête et me montre mes failles, mes faiblesses, mon manque d'amplitude ou de précision. Mais il y a aussi une autre part de moi qui dit : Fonce, même si ce n'est pas parfait ça a un sens, fais avec ce que tu es aujourd'hui, tes défauts sont aussi une force. Et ça bataille à l'intérieur ! Pas pendant que j'écris mais juste avant ou après quand je relis. Et quelqu'un en moi dit : ce n'est pas sérieux, fais le simplement parce que tu y trouves du plaisir et que ça t'apprend sur toi même.
J'ai le syndrome de la mauvaise élève. Toujours cette voix derrière qui dit "peut mieux faire" ou "médiocre", ça m'a tellement marquée ! Ces petits mots sensés encourager sont ancrés en moi comme des sangsues. Mais doucement j'apprends à moins les écouter et à me faire mieux confiance.

 
Marge : Un ami auteur m'a dit après avoir lu D'où je suis, je vois la lune : tu es une écrivaine des marges. J'ai rigolé mais je m'aperçois qu'il a entièrement raison. J'aime parler des autres, ceux qu'on ne voit pas ou ceux qu'on juge. Sûrement parce que j'ai grandi avec ce regard des autres parfois difficile à supporter. Mais c'est aussi devenu une force, j'ai appris à me dire "Tu es différente et ce n'est pas si mal" et j'ai eu envie de prouver à ceux qui me jugeaient que moi aussi je pouvais avoir un avenir. 
Dans D'où je suis, je vois la lune, j'aborde une problématique : peut-on s'intégrer à la société après trois années dans un monde à part (pour elle, celui de la rue) ? Est-ce qu'on peut faire partie des autres ? J'aime aussi décrire les liens très forts qui s'unissent entre eux. Moon, la narratrice de mon nouveau roman a choisi la rue et a trouvé de vrais repères dans cette vie de bitume avec ses compagnons de galère et finalement elle est plus entourée que beaucoup de jeunes que l'on pense intégrés.

 
Amour : Je suis une amoureuse ! Amoureuse de mes personnages quand j'écris, la fin d'un roman est un véritable déchirement. Et si quelqu'un ne les aime pas, je suis touchée en plein cœur. Et dans la vie, n'en parlons même pas : un vrai cœur d’artichaut ! Revenons à l'écriture : Quand je commence un nouveau roman, c'est à ça que je me fie pour savoir si je peux le mener à terme : suis-je amoureuse de mon personnage ? Est-ce que j'ai envie de passer plusieurs mois à ses côtés, de parler comme lui, de rêver avec lui ? Si oui, alors je trouve la force. Sinon, je le laisse. Parfois, il n'y a pas de coup de foudre, je pense l'abandonner et c'est en le laissant qu'il revient me chercher. La difficulté, c'est un roman avec plusieurs narrateurs ! Pas facile de tous les aimer autant...

 
Mots : J'ai parlé à 4 ans seulement, puis ne me suis plus arrêtée. Mes parents sont bavards et parlent comme des conteurs, je passais, enfant, des heures à les écouter me raconter leur enfance, leurs folies de jeunesse mais aussi de leur doutes. Très tôt j'étais une confidente et c'était pour moi une immense fierté. Je pleurais parfois en les écoutant tant je trouvais belles leurs histoires. Ma mère me lisait des poèmes à voix haute aussi. C'est ainsi que j'ai aimé les mots, je pense. En écoutant. C'est toujours un immense plaisir de les écouter aujourd'hui encore. Plus tard, quand je devais faire une dissertation, la veille du jour J je posais le sujet et je laissais ma mère discourir dessus, je prenais des notes puis j'allais rédiger ma dissertation tranquillement. Aujourd'hui, ce n'est plus elle que j'écris mais un petit personnage qui me raconte son histoire, j'entends sa voix et comme je faisais quand j'étais adolescente, je ne fais que retranscrire !

Tu dis que tu as toujours été « différente ». En lisant Dis oui, Ninon, on se rend compte que ton hérôïne l’est aussi. Quel est le pourcentage de Maud dans Ninon ?

Ah, la question piège :)

Je suis nulle en maths donc pas de pourcentage qui vaille mais disons que tout l'univers dont je parle, le décor et les personnages sont bien réels. Je les ai même "allégés" car la réalité était plus âpre (très heureuse cependant) et je ne voulais pas que ça semble dramatique.

J'ai utilisé un univers qui m'est cher mais je n'ai pas gardé la chronologie réelle, l'âge non plus (j'avais 6 ans quand mes parents ont divorcés) et j'ai construit l'histoire comme on construit un roman et non comme une autofiction. Je tenais à ce que l'on puisse le lire en oubliant l'auteur. D'ailleurs je l'ai replacé à l'époque actuelle et j'ai évité les références "années 80". Quant aux anecdotes, la plupart sont vraies (la maison redécorée pour la visite de l'assistante sociale alors qu'en fait c'est un contrôle vétérinaire, les poupées de Noël, la bâche sur le toit qui s'envole, le lit dans la paille, les nuits à la belle étoile...). Mais les personnages, bien qu'inspirés, sont de vrais personnages que j'ai construits et j'ai fait un mélange : Hamster était un ami, non pas un instituteur, j'ai aussi choisi quelques personnages mais pas trop pour qu'ils puissent etre développés mais je n'ai pas parlé de quelques personnes qui ont énormément compté dans ma vie car trop nombreux, ils se seraient noyés.

Dans D'où je suis, je vois la lune, j'ai aussi pris ma vie et des expériences comme matière. J'ai superposé deux périodes de ma vie pour en faire une histoire. J'utilise des univers que je connais et des personnages rencontrés mais ensuite j'oublie le vécu, il devient le décor.  Quand je parle de ma vie à des amis, ils me disent "C'est délirant, tu as eu plusieurs vies en si peu de temps !", maintenant je sais à quoi ça me sert !

Tu es musicienne, tu as un groupe Digitanes avec lequel tu as déjà fait le tour du monde. Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire un roman ?

Oui j'ai beaucoup voyagé mais pas spécialement avec le groupe Digitanes. Parfois avec un groupe de musique ou une Cie de spectacle, mais le plus souvent je partais seule rejoindre des artistes amis (Poopik Theater à Jérusalem, Tav group à Haïfa, Croque mules en Roumanie, une prof de chant classique druppad à Vârânasî, des musiciens gitans dont on m'avait donné le contact au Rajasthan...)

J'ai écrit suite à un souci de santé qui a atteint mon système nerveux en fin 2006 et a créé beaucoup de troubles qui m'empêchaient de jouer, mais aussi de voyager. Les premiers mois j'ai appris à ne rien faire (long travail !) et un silence intérieur s'est installé à mon insu, et de l'espace. J'ai d'abord écrit en juin 2007 quelques chapitres que j'ai aussitôt mis de côté et que j'ai repris en novembre, pour ne plus m'arrêter durant sept mois (sauf un peu en décembre car j'ai repris à jouer, mais en coulisses, quelques minutes avant d'entrer en scène, j'étais sur mon ordi pour écrire), sept mois durant lesquels j'ai écrit trois textes dont Dis oui, Ninon.
J'ai toujours eu envie d'écrire un roman mais je m'en sentais incapable, trop indisciplinée, pas assez cultivée. J'écrivais des textes de chanson, des spectacles, ça, c'était à ma portée... Mais surtout, je pense que j'ai écrit pour me faire du bien et gagner un peu de confiance en moi.

T’attendais-tu à un tel succès avec Dis oui, ninon ?

En fait je ne m'attendais pas à grand-chose, ne connaissant pas bien le milieu du livre. Je n'avais jamais rencontré d'auteur et n'avais pas mis les pieds dans un salon. Je pensais que tous les livres se vendaient très bien et que tous les auteurs en vivaient ! J'étais complètement à côté de la plaque !

Quand j'ai compris que ce n'était pas aussi évident, j'ai décidé d'accompagner le livre, de m'investir pleinement en proposant des signatures, en m'invitant sur des salons. Au salon de Paris, par exemple, j'ai proposé à ma maison d'édition d'improviser une signature puisque je venais en touriste. Ça a marché du tonnerre ! J’avais prévenu des copines, quelques blogueuses sont passées aussi et on a mis l'ambiance, une heure plus tard on manquait de livres. Ce n'était pas un gros succès, mais au moins je participais, ce qui m'évitait de me morfondre dans mon coin. Et doucement le bouche à oreilles s'est mis en route, les lecteurs que je rencontrais en dédicace le défendaient, l'offraient. Une lectrice l'a acheté 14 fois ! Quelques amis aussi ont décidé de l'offrir partout où ils allaient, certains, dès qu'ils passaient en librairie entraient pour en toucher un mot au libraire. Mon père s'est retrouvé aussi dans les locaux d'Hachette à Paris où il est allé récupérer les derniers exemplaires pour une signature (Nantes était en rupture de Stock). C'était une aventure humaine forte. Les blogueuses aussi l'ont mis en avant de façon étonnante, ainsi que les libraires et promis, je n'ai soudoyé personne !

Le succès de Dis oui, Ninon est ce qu'on appelle un succès de librairie, modeste si on compare à des livres comme Le cœur cousu ou Les déferlantes, mais pour un premier roman c'est une vraie réussite. Je ne sais pas si j'ai été surprise car je n'avais pas de point de comparaison et m'investissant beaucoup, j'avais peu de recul. Aujourd'hui je réalise ma chance et je prie pour Que D'où je suis, je vois la lune trouve aussi sa place.

Est-ce que ta vie a changé depuis ?

Oui, ma vie a changé professionnellement car j'ai fait le choix de ne plus faire de scène mais seulement de la mise en scène pour avoir plus de temps. Mais ma vie sociale n'a pas changé, mis à part quelques rencontres fortes, mon cercle d'amis est toujours le même. Si, le livre m'a permis de retrouver des personnes perdues de vue, entre autres des amis d'enfance. En fait je voyageais beaucoup déjà pour la musique, je rencontrais beaucoup de monde et finalement faire une petite tournée de dédicaces et de salons n'est pas très différent d'une tournée de concerts. Sauf que je me couche plus tôt !

Tu as deux nouveaux romans qui paraissent cette année, peux-tu nous en parler plus ?

Il y a D'où je suis, je vois la lune qui vient de paraitre... C'est le monde vu par Moon une jeune sans abris. Elle vend des sourires sur la place Saint Mich et un jour elle vole un petit calepin pour y écrire une histoire. Dans Dis oui, Ninon, Ninon interprétait le monde avec ses propres codes, ici Moon a aussi son regard très personnel sur le monde qui l'entoure. Et j'essaie d'être au plus près de sa façon de parler. Ce n'est pas une histoire triste, au contraire, j'avais envie de montrer un autre point de vue sur le monde de la rue, parler de ceux qui se disent qu'ils ont choisi ce mode de vie pour moins avoir le sentiment de le subir. Une lectrice m'a dit quelque chose qui m'a beaucoup touchée, elle a dit qu'on se penchait sur le cas des sans abris quand les degrés chutaient, mais qu'on oubliait parfois qu'ils ont aussi une vie amoureuse et des rêves, comme nous tous.

Et il y a J'ai 15 ans et je ne l'ai jamais fait, qui paraitra en mai dans la collection ado chez Thierry Magnier. Cette fois j'ai joué avec 2 narrateurs dont les regards s'entrecroisent et interprètent différemment des situations identiques. Je me suis beaucoup amusée avec Capucine, ses fantasmes et sa solitude, et avec Martin musicien et poète malgré lui, et déjà très adulte... Je ne sais pas encore bien en parler. 

Pourquoi un roman jeunesse ?

Avant d'écrire Dis oui, Ninon j'avais déjà eu l'idée d'écrire pour la jeunesse, parce que je me sens moi même très ado et j'ai été très marquée par mon enfance, par l'adolescence et par la force et la joie de vivre qui la caractérise. D'ailleurs Dis oui, Ninon parle de l'enfance et D'où je suis... du passage à l'âge adulte.

Et j'ai rencontré beaucoup de jeunes qui ont lu Dis oui, Ninon et j'ai trouvé très touchant de voir des ados tirer leur mère par la manche dans des salons pour qu'elles achètent mon livre. J'ai eu envie de leur parler directement... Mais j'ai les mêmes exigences  pour un roman jeunesse que pour un roman adulte, je ne simplifie pas, au contraire et surtout je ne me censure pas. C'est ce qui a plu aux éditeurs qui ont reçu mon manuscrit, le fait qu'on ne sente pas que c'était écrit "pour ado". D'ailleurs les quelques adultes qui l'ont lu ont beaucoup aimé...

Je me souviens d'une auteure rencontrée dans un salon qui avait écrit, parmi des romans adultes un roman jeunesse et elle s'excusait, elle disait "je l'ai écrit parce que je suis mère d'adolescentes, mais c'est tout", pour moi ce n'est pas une honte, au contraire c'est un honneur !

Hier je lisais la bibliographie de Marie NDiaye et ses livres jeunesse n'y paraissent pas...

Dans cette liste, que préfères-tu ? Témoignage ou fiction ? Roman ou nouvelle ? Alour ou thriller ? littérature française ou étrangère ? Version française ou VO ? littérature contemporaine, historique ou fantastique ? A moitié vide ou moitié plein ?

J'aime les témoignages ou les fictions mais l'autofiction me dérange parfois. J'aime oublier l'auteur derrière les mots... mais je suis curieuse et les expériences personnelles m'intéressent. Peut-être que je les préfère suggérées derrière un thème, une histoire inventée, avec une distanciation affective.

Thriller pas trop car trop émotive et j'aime prendre mon temps, quand l'intrigue est trop forte je perds le plaisir des mots.

Littérature française et étrangère, j'apprécierais de mieux connaître la littérature étrangère mais suis un peu perdue... je sens parfois moins d'égo chez certains auteurs étrangers, comme s'ils se prenaient moins au sérieux et ça...j'aime !

VO sans aucun doute.

Contemporaine, traumatisée par les lectures obligatoires du lycée j'ai encore du mal à me tourner vers les lectures classiques aujourd'hui. Et j'aime découvrir de nouveaux auteurs, des tons, des couleurs actuelles.

Je préfère le pas assez au trop, j'ai du mal avec les livres bavards. J'aime le détail s'il est nécessaire à l'histoire seulement. Mais un roman trop succinct, trop sec peut me déranger car il peut manquer de chaleur, de naturel et d'humanité. J'aime les écritures généreuses, comme on le dit d'une femme ronde. Mais en fait je n'y réfléchis pas, la lecture me prend ou non et c'est quand ça ne prend pas que je peux me dire "Ah, tiens, c'était bavard, j'ai décroché..." Mais ce sont des questions que je me pose quand j'écris et c'est très compliqué, toujours peur d'en dire trop, de ne pas avoir le bon rythme, mais en même temps j'essaie de faire ressentir des lieux, des atmosphères et pour ça il faut un peu de détails. Souvent c'est en me relisant que je coupe tout ce qui ne me parait pas nécessaire...

Quelque chose à ajouter ?

Merci Jo Ann !

Que peut-on te souhaiter ?

Garder le plaisir de faire, de créer et le trouver de plus en plus, que ce soit pour l'écriture ou pour le reste.

Ne pas succomber au stress qui parfois prend tant de place que le plaisir d'écrire disparait.

Vivre.

 

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Ici l'interview de géraldine sur son blog en février 2010 : http://cdcoeurs.over-blog.net/article-interview-maud-lethielleux-43565649.html

Les questions de Lily en avril 2009 juste après la parution de Dis oui, Ninon http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/2009/04/page-ouverte-maud-lethielleux-auteur-de.html